Faut-il forcément jouer avec son bébé ?

Jouer avec son enfant est parfois vécu par les parents comme une contrainte, une obligation pour que leur petit s’épanouisse. Pourtant, il est grand temps de désacraliser le jeu ! Bébé a seulement besoin de moments intimes avec ses parents. Explications.

 



C’est quoi, jouer avec son bébé ?

Quand on pense jeu, on imagine construire un puzzle, emboîter des cubes ou jouer à la dînette pendant des heures. C’est réducteur ! Jouer englobe bien plus d’activités : faire coucou, chatouiller les pieds, rire avec bébé, ou même donner un baiser, un câlin. C’est simplement créer l’échange et faire passer des émotions. Maman et papa n’ont pas des rôles purement fonctionnels comme nourrir ou changer. « Un petit a besoin de complicité avec ses parents », explique Isabelle Filliozat, psychologue.


Est-ce que jouer avec bébé favorise son éveil ?

Le jeu n’est pas une condition sine qua none au bon développement de l’enfant, comme l’explique Isabelle Filliozat : « le développement de l’enfant est bien trop complexe pour être défini par de simples moments de jeu et complicité ».

Bien sûr, « jouer peut favoriser l’éveil mais cela n’a jamais été prouvé », ajoute Patrick Tounian, directeur général de la société française de pédiatrie. Si l’intelligence et les apprentissages ne sont pas  directement menacés, laisser bébé dans son coin en obstruant tout échange peut avoir des conséquences sur l’épanouissement et la relation parent-enfant. Chaque parent doit trouver le juste milieu !


Etre parent et ne pas aimer jouer, c’est grave ?

Un parent qui n’aime pas jouer n’a pas à s’inquiéter et à culpabiliser. Il ne néglige pas pour autant son enfant. C’est son « droit ». Mais attention : il ne faut pas abandonner bébé en se contentant de subvenir à ses besoins vitaux. La situation deviendrait alors inquiétante.
« Un parent qui dit ne pas aimer jouer sous-entend très souvent qu’il ne sait pas jouer », explique Isabelle Filliozat. Il a peur de l’intimité. Si cela devient trop gênant dans sa relation avec bébé, le parent peut chercher de l’aide auprès d’un thérapeute. Les activités extérieures avec les petits peuvent aussi constituer de bons tremplins.

C’est au parent de tirer la sonnette d’alarme si le blocage s’avère trop important et que le moindre petit instant de complicité devient une corvée.


Est-ce que le parent doit se forcer à jouer ?

Surtout pas ! Comme l’explique Patrick Tounian, chaque parent doit faire comme il le sent. Si jouer correspond à une contrainte, bébé le sentira, auquel cas le jeu n’aura strictement rien de bénéfique.

« Jouer 10 minutes par jour avec bébé, de manière intense et en étant investi a plus d’intérêt que se forcer et s’y consacrer à moitié », résume Isabelle Filliozat.


Peut-on remplacer le jeu par des activités extérieures ?

Les activités à l’extérieur ne remplacent pas les moments intimes de jeu et d’échanges avec bébé. Comme l’explique Patrick Tounian, la meilleure activité consiste à être en famille. Bien entendu, les activités peuvent aider les parents qui veulent « apprendre » à jouer car beaucoup d’entres elles favorisent le rapprochement, comme le bébé nageur ou la baby gym pour les tout petits. Mais à la maison, il est important de vivre des moments simples, de rires et de dialogues, pour créer et renforcer les liens.


Si la maman n’aime pas jouer, il y a toujours papa, non ?

Si maman joue peu, les jeux proposés par papa ne compensent pas. Cependant, bébé comprend bien vite la situation. Il ne ressentira pas de manque de la part de sa maman, car il s’habitue vite aux gestes qu’il a avec l’un et l’autre, explique Patrick Tounian. C’est plutôt pour le parent lui-même que c’est dommage ! Et il faut veiller à ce que la mère ne reste pas trop en retrait, car encore une fois il existe un risque de déséquilibre. Eviter les moments de complicité avec bébé doit tout de même alerter.

Quant aux frères et sœurs, sachez qu’ils ne remplacent pas la complicité que les parents peuvent établir avec leur enfant.


Merci à Patrick Tounian, directeur général de la société française de pédiatrie http://www.sfpediatrie.com/

Merci à Isabelle Filliozat, psychologue, auteur de « Il n’y a pas de parent heureux » et de "J'ai TOUT essayé !" aux Editions JC Lattès. Plus d’infos sur http://www.filliozat.net/ecole/accueil.php