J’ai mis une claque à mon enfant !

La question de notre internaute :

Je suis d'ordinaire une femme très calme, patiente, et j'essaie d'élever mes enfants au mieux. J'ai toujours été contre la violence physique. Il y a quelques jours, je suis sortie de mes gonds face à mon fils de 8 ans, qui me tapait une crise. Je l'ai giflé très violemment… Je ne sais pas comment cela a pu arriver et nous avons tous les deux été très surpris. J'ai culpabilisé et je me suis juré de ne pas recommencer… Que faire si cela me reprend, comment éviter que cela n'arrive à nouveau ?

Ce qu'en dit Sarah :

Reprenons votre question point par point :

Votre enfant s'énerve, pour une raison que vous ne précisez pas — et c'est dommage. Car un enfant ne se met jamais en colère pour rien.

Parfois, sa colère est l'expression d'une frustration : par exemple, il veut jouer à l'ordinateur, vous n'êtes pas d'accord, il s'énerve.

Parfois, sa colère traduit une angoisse : par exemple, l'enfant peut se mettre en colère car il sent que vous êtes angoissée ou triste, pour des raisons qu'il ignore.

Certains enfants testent les limites des parents, cherchent jusqu'à quel point on peut répondre à leurs demandes et jusqu'à quel point on peut les aimer. Il va de soi qu'aimer un enfant n'est justement pas dire « oui » à toutes ses demandes. Mais, quand un enfant fait une crise de colère, ce qu'il demande à ses parents, c'est justement de rester calmes, pour lui apprendre à accepter qu'il ne peut pas faire tout ce qu'il veut tout le temps.

La violence physique vient toujours à la place d'une parole qui n'a pas pu se dire.

Face à la crise de colère de son enfant, rester calme n'est pas toujours facile. Vous avez vous-même, pour reprendre votre expression, « tapé une crise », en le giflant. Qu'est-ce qui a déclenché cette gifle ? Est-ce un mot précis prononcé par votre fils ? Avez-vous des soucis en ce moment ? La violence physique vient toujours à la place d'une parole qui n'a pas pu se dire et se transmettre. Il faut donc trouver la pièce manquante du puzzle : à quelle parole est venue se substituer la gifle ? Vous dites d'ailleurs que vous avez toujours été contre la violence physique. Pour quelle raison précise ? Avez-vous déjà reçu des gifles ou des fessées dans votre enfance ?

Si on a giflé son enfant, il est très important d'en parler avec lui et de mettre des mots simples sur ce qui s'est produit :  « je t'ai donné une gifle parce que je t'avais demandé de faire tes devoirs avant de jouer à l'ordinateur et tu as encore désobéi. », « « Je n'aurais pas dû te donner cette gifle, c'est vrai. Et je le regrette. En fait, je me fais du souci car tu fais beaucoup de colères en ce moment. Qu'est-ce qui ne va pas ?». Car ce qui affecte le plus un enfant, c'est de sentir que son père ou sa mère donne des gifles sans raison, c'est-à-dire qu'il a un comportement irrationnel et ne se maîtrise pas.

On n'est pas une mauvaise mère parce qu'on a donné une fois une gifle à son enfant. Si vous avez giflé votre fils, c'est que vous étiez en plein désarroi. Certains parents utilisent très rarement la gifle ou la fessée, à contre-coeur et en dernier recours, quand il ne savent plus du tout quoi faire. A présent, vous vous demandez que faire pour que ça ne recommence pas et vous soulignez dans votre courrier que vous essayez toujours d'élever vos enfants au mieux. Précisément, le fait que vous vous angoissiez à ce point de « faire du mal » et de « mal faire » est peut-être un point très important de votre propre histoire, en lien avec une situation que vous avez connue il y a bien longtemps...

Il n'y a pas de « petite gifle » ou de « petite fessée »

On entend parfois en consultation certains parents dire « qu'une petite fessée, ça ne fait pas de mal », ou qu' « une petite gifle, ça apprend à se faire obéir » voire que « qui aime bien, châtie bien ». Il n'y a pas de « petite gifle » ou de « petite fessée ». La violence physique n'est jamais un acte anodin et quand la « petite » gifle ou la « petite » fessée devient un mode d'éducation, cela peut avoir des répercussions graves sur la vie future de l'enfant. Très récemment encore, une étude de la célèbre revue américaine Pediatrics, faisait état que les châtiments corporels sévères sur les enfants sont associés à un risque plus que doublé de produire chez eux, à l'âge adulte, des troubles de l'humeur ou de la personnalité, de l'anxiété, un abus d'alcool ou de drogues. Bien sûr, rassurez-vous, donner une gifle une fois à son enfant ne fera pas de lui une personne dépressive ou un alcoolique ! Mais si les parents, qui sont les premiers objets d'amour de l'enfant, le frappent régulièrement, il n'est pas difficile d'imaginer quelles répercussions cela peut avoir sur la façon dont, une fois devenu adulte, celui-ci va pouvoir aborder les relations amoureuses et accorder sa confiance à autrui.

En résumé, mon conseil est le suivant :

Frapper un enfant ne permet jamais d'asseoir son autorité ou de l'éduquer. C'est plutôt un aveu d'impuissance et de désarroi. C'est ce désarroi-là qu'il faut interroger, pour comprendre à la place de quelle parole la gifle ou la fessée a été donnée.

Face à un enfant turbulent, il faut toujours privilégier le dialogue et le calme. Si ses grosses colères sont très fréquentes, elles traduisent parfois une angoisse que l'enfant n'arrive pas à verbaliser.

Si l'on veut vraiment faire preuve d'autorité, la punition, énoncée dans le calme, et toujours expliquée, est beaucoup plus efficace : « tu as encore désobéi, donc tu n'iras pas à l'anniversaire de Martin samedi », « puisque tu n'as pas fait tes devoirs, tu n'auras pas le droit d'utiliser l'ordinateur pendant une semaine. »

Sarah Chiche
www.sarah-chiche.blogspot.com