Le blog de Gonzo

Le sexe en musique

Funkadelic - Free Your Mind And Your Ass Will Follow

C'est un rituel et peut-être une perte de temps, le choix de la musique avant de partir pour un rodéo sur matelas souple. On est rarement habillé, et c'est toujours le moment que choisit le voisin pour fumer une clope au balcon et tomber nez à nez avec notre paire de fesses roses qui cherchent une idée de génie devant la playlist d'un ordinateur dont le stoïcisme cache sans doute une franche pudeur. La situation est ridicule, à moins d'être naturiste.

Est-ce que sexe et musique sont compatibles ? Assurément, ils sont même intrinsèquement liés, noués par le rythme, le groove, le corps et l'abandon. Très bien mais est-ce suffisant pour donner une bande son à nos ébats ? Dans un premier temps, j'y ai cru, vivant pour la musique, j'ai toujours accompagné le sexe en musique mais avec le recul je crois que j'y ai jamais vraiment prêté attention, plus concentré sur le choix que sur l'écoute. Certes, de temps en temps un "sock it to me" (montre-moi ce que tu sais faire) lancé par un Jon Spencer enfiévré m'a fait sourire ; mais est-ce le corps qui accompagne la musique ou la musique qui illustre l'acte ?

Pour le premier, le danger est de trop suivre la musique et d'en être esclave. On peut passer un moment de grâce en suivant le funk sale de Funkadelic mais tomber plus loin avec la joie du mode random sur un morceau trop rapide et binaire, et complètement se planter en le suivant. A trop être concentré sur l'un, on en oublie l'autre — même si tromper sa compagne pour de la musique est quelque chose de relativement respectable à mon goût. Il y aussi l'erreur de choisir une musique qui ne plaît qu'à soi, et se déconnecter de l'autre, surtout si on prête trop d'attention à la première. Ce qui est bien dommage tant l'amour est un échange et non une partie de pelote basque en solitaire. Si la gestion de la musique devient trop délicate, alors laissons-la comme musique d'illustration.

Mais c'est une autre erreur car on ne fait pas l'amour à des spectateurs (enfin dans le contexte présent, personne ne vous retient d'être exhibo). Si la musique illustre une scène, nous en sommes les uniques spectateurs. Il se produit un curieux phénomène de détachement : on se regarde faire l'amour ; l'antithèse de la passion, la fin des haricots. Que faire ?

Faire semblant d'y croire et s'imaginer qu'on sublime l'acte. Puis si on s'ennuie, au moins on aura de quoi patienter pendant les flottements. Musique et sexe sont ainsi compatibles, tout comme une musique accompagne un dîner, ni trop basse, ni trop présente, elle comble le vide, illustre ironiquement des moments et sublime parfois l'instant.