Le blog de Gonzo

L’art du parler sale

Vous êtes-vous déjà pris cette réflexion en pleine face : "tu dis rien quand tu fais l'amour, c'est bizarre" ? C'est assez pénible, ça sous-entendrait que le dirty talk soit obligatoire. Le problème avec cette pratique apparemment si courante, c'est qu'elle tombe très — et beaucoup trop vite — dans la description évidente. "Tu sens ma ****** **** ?" — à priori oui, car elle n'est pas ailleurs. Comme si on commençait à décrire ce que l'on mange : "oh ce sont de beaux haricots verts que je me mets dans la bouche" ou bien "tu aimes ce jus d'orange ? Tu aimes sa couleur orange, son goût sucré et sa pulpe si douce ?" — d'accord, merci pour l'info, on transmettra aux autres...

Il y a des gens qui sont de l'équipe du bruit et les autres de celle du silence ; les deux n'étant pas incompatibles, où donc est le problème ? Le silence semble angoisser les adeptes du boucan, et l'inverse l'est tout aussi et laisse parfois dubitatif quant à la propension de certains à vouloir (forcément) commenter l'acte.

Si les paroles peuvent exciter, elles doivent être bien amenées, rien de pire que de reproduire des schémas qu'on a vus ailleurs, on va pas accuser le porno mais on n'en est pas loin, tant la représentation du sexe sur écran introduit inévitablement son lot de paroles salaces et souvent inutiles (voire carrément vulgaires et machistes, mais c'est une autre histoire). Il n'y a pas de codes dans le sexe, pas de normes, à part celles qu'on se fixe. Qui a bien pu mettre dans la tête de certains que décrire l'amour à haute voix était excitant ? Pour s'exciter soi-même peut-être, pour exciter l'autre, c'est une hypothèse moins évidente...

Il y a le dirty talk et le dirty talk juste, le premier n'est pas à montrer du doigt, il a juste les travers de sa fougue et de son égocentrisme, et quand il devient mécanique et vulgaire, il tombe inévitablement dans le ridicule — encore un de ces tue-l'amour. Le dirty talk juste est plus subtil, il arrive quand on ne l'attend pas, c'est l'aphrodisiaque du hasard, celui qui allume la mèche. Parler salement peut se transformer en petite grenade si on s'applique à la dégoupiller au bon moment, c'est un mot, une phrase, une demande, un gimmick, au coin de l'oreille — organe récepteur et érogène souvent maltraité par les gens trop bruyants. Car c'est une autre affaire d'être fin que de raconter sa vie au lit, et comme la rareté est précieuse, elle s'apprécie d'autant mieux.

Parler moins, pour parler mieux, satisfaire les silencieux et faire taire les bavards, aider les timides à sortir du silence et apprendre aux autres que l'art du parler sale est aussi celui du viser juste.