Le blog de Gonzo

Club de strip et amour éphémère

Parfois l'amour instantané dure plus longtemps qu'un flash ou un regard... Les clubs de strip-tease ne sont pas forcément synonymes de frustration ou de libido cadenassée, on peut apprécier une danse privée comme on déguste une bonne bouteille de vin, déguster l'éphémère et s'abandonner. C'est ce qui m'est arrivé un soir, parti pour épancher ma soif, je me suis retrouvé à planer pendant une heure sur le tapis de l'amour.

Je ne connaissais pas ce club, et je pense ne jamais y retourner, il ne ressemblait pas aux usines à strip habituelles, c'était charmant et bon enfant ; mais ce n'était pas pour autant que j'étais prêt à claquer la CB et à affoler la banque. M'affalant au bout de la nuit sur une banquette qui avait vu défiler des kilomètres de cadres moyens et d'hommes faussement désintéressés par le spectacle des shortys qui s'enroulent autour des barres ; je sirotais un whisky-coca de trop.

Feignant de m'intéresser à mon tour aux filles afin de cacher une timidité toujours présente même quand l'alcool me drague avec insistance, je repérai tout de même cette fille. Peau ébène à la profondeur si marquée que des reflets violets semblaient jaillir d'elle comme d'un hologramme. Son corps aux proportions scandaleuses et son minois affolant m'envoyaient des signaux d'alerte d'une violence inouïe, j'étais fumé, le cerveau s'approchant dangereusement de sa fréquence de résonance. Mais la réalité d'un compte en banque sur la mauvaise pente me remit rapidement les idées en place, et je repartis contempler les glaçons au fond de mon verre.

Un temps indéfini s'écoula, et ma frustration grandit. Pour une raison que j'ignore, elle passa près de moi et me demanda si je voulais une danse, je répondis "oui bien sûr" comme si on me demandait l'heure. Embarqué dans le train de l'amour éphémère, je me laissai couler prêt à coller mes yeux à la fenêtre pour regarder le paysage avec un sourire d'enfant. Une danse, comme une danse de plus, cinq minutes à rêver sans plus ; c'est ce que je me disais au moment où elle commença — j'avais bien tort.

Cette fille existait. Au delà de ce qu'elle pouvait me montrer, c'est sa peau qui m'assomma et non sa nudité. Les minutes défilèrent, j'étais heureux. Tellement qu'une demi-heure après j'en redemandai, tendant un majeur à la réalité économique. Le coup de foudre pour une strip-teaseuse, j'étais sur le nuage magique de Son Goku, filant vers le bonheur sans frustration ni volonté d'y retourner une troisième fois, j'étais comblé et repu.

En rentrant au petit matin, dans le froid et sous la pluie, j'avais le coeur chaud, cette fille c'était du château Margaux. J'ai souri pendant une semaine en repensant à cette scène de l'amour éphémère. Encore maintenant, j'ai l'impression d'avoir vécu une histoire d'amour sans cri, ni pleurs ; la perfection c'est partir sans regret.