Le blog de Gonzo

Êtes-vous sapiosexuel(le) ?

C'est un néologisme qui fera sûrement son entrée un jour dans le dictionnaire ; si jeune qu'il n'a pas encore sa place sur Wikipedia (qui renvoie à pansexuel, ce qui n'a rien à voir), mais seulement sur Urban Dictionnary - la bible anglaise du néo-langage - où il a été "mot du jour" le 19 juillet 2007 (bravo à lui). Il est composé de la racine latine sapio-, pour sapiens, c'est-à-dire savant et de l'adjectif -sexuel, pour former sapiosexuel : une personne sexuellement attirée par l'intelligence.

Curieux qu'il ait fallu attendre le XXIe sicèle pour mettre un mot sur cette attirance, qui touche - espérons-le pour le bien de l'humanité - la majorité des individus. Quel intérêt d'être sexy, fort, svelte, et tous ces adjectifs incarnant la beauté, si on reste c** comme un balai ? du moins si on considère que l'amour va plus loin qu'un coup d'un soir, et encore, pourquoi perdre son temps à coucher avec des gens stupides ?

Les sapios (on va les appeler par leur petit nom) désirent sexuellement des personnes intelligentes, cultivées, ayant le sens de l'humour... Est-ce si nouveau pour qu'on n'ait pas trouvé de mot plus tôt ? A moins que ce ne soit l'environnement médiatique actuel qui favorise davantage le physique que l'intelligence, qui ait poussé l'apparition de ce néologisme.

Prenons les années 60 où des milliers de filles hurlaient et s'évanouissaient à en perdre leur culotte devant des groupes pop qui - il faut bien l'avouer - étaient tous plus laids les uns que les autres. Pourraient-elles faire la même chose maintenant sans se revendiquer d'un groupe qui aimerait officiellement les "moches" ? On autorise difficilement la laideur sur les médias classiques actuels, tout le monde doit être beau pour exister publiquement, l'intelligence passe largement après, ou à une heure de plus petite écoute. Ce néologisme est donc peut-être le signe de la dérive d'une norme vers une bizarrerie...

Être sapiosexuel, c'est donner une chance à tout le monde, aux nerd, aux geek, aux gens dont le physique n'est pas l'atout principal, même si les deux ne sont évidemment pas incompatibles et forment alors le combo parfait. C'est lutter sexuellement contre la bêtise, jusqu'au jour où on trouvera un terme pour désigner l'attirance sexuelle pour les gens beaux, car il faut dorénavant un mot pour chaque chose, une case pour chacun, pour s'identifier, pour exister socialement à travers des mots — la normalité devient singulière.