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    "Heureusement qu'en France on ne viole pas", par Ovidie
























    Plus de deux heures de train à tuer et aucun livre sur moi, je feuillette mollement le magazine Be, qui propose un énième article sur l'affaire Tristane Banon. « Pourquoi elle divise les Français » lit-on en couverture. Ah tiens, la France entière est divisée, première nouvelle. Elle ne s'offusque pourtant guère habituellement des 198 000 femmes victimes de viol et/ou tentatives de viol. « Une victime qui dérange » titre l'article. En plus d'être divisés, les Français sont dérangés. La victime pourrait au moins avoir l'obligeance de ne pas importuner, non mais quel toupet !
    La perspective de lire une énième polémique autour de Tristane Banon, et de DSK en général, me motive peu, je dois l'avouer, et je préfère me laver le cerveau avec les pages fond de teint et mascara. Au bout de quinze minutes montre en main, ma lecture s'achève, il me reste 1h45 de trajet et un lourd choix s'impose : dois-je lire TGV magazine, ou l'article polémique sur Tristane Banon que j'avais soigneusement ignoré ? Va pour Banon, et sur sa capacité à faire régner la discorde dans les foyers à intention de vote socialiste. Bon, donc, elle dérange, nous dit-on, trop « fragile » et à la fois « trop courageuse », « trop jolie » (alors que Nafissatou Diallo, qui ne compte plus les humiliations, était présentée comme étant trop moche pour être violée). Bref, elle n'attire pas la sympathie. Mais, une question me hante : depuis quand une victime d'agression sexuelle doit-elle être sympathique ?

    Pour être honnête, l'affaire DSK ne m'a guère intéressée. Qu'il soit innocent ou coupable, je n'ai aucun avis sur la question, et cela me passionne à peu près autant que la grossesse de Beyonce, autant dire pas du tout. En revanche, cela fait des mois que le décryptage du discours médiatique autour du viol me glace le sang. Nafissatou Diallo inviolable puisque « moche », « prostituée », « immigrée  clandestine ». Tristane Banon « manipulatrice », trop jolie pour être honnête . On ne reviendra pas sur le formidable « troussage de domestique » de Jean-François Kahn. Ni sur la blague de l'année d'Ivan Levaï avec son « viol avec un couteau ou un pistolet ».
    Ils étaient à peine 300 à répondre à l'appel au rassemblement de Tristane Banon le 24 septembre dernier. Dommage que les féministes françaises aient été trop occupées à se masturber le cerveau (pour ne pas dire « enfiler les mouches », expression zoo-sexiste) avec leur campagne médiatique « Madame ou Madame » pour savoir s'il fallait retirer ou non la case Mademoiselle des formulaires administratifs. Banon, trop élégante et trop médiatique pour se faire agresser ? Pour être entendue, une victime ne doit être ni trop belle ni trop moche, ni trop riche ni trop pauvre, avoir un casier judiciaire vierge, être suffisamment fragile pour que l'on puisse considérer qu'elle ne pouvait pas se défendre et, si possible, avoir été violée avec un pistolet. Ah et j'oubliais le plus important : ne pas avoir la cuisse légère. Car l'affaire Diallo nous l'a rappelé : il est inconcevable de violer une pute. Dormez tranquilles braves gens, heureusement qu'en France on ne viole pas.
    Pour rappel, une femme sur dix qui lit ces lignes a été ou sera victime de viol.


    Ovidie est réalisatrice et productrice de films pour adultes, documentaires et  programmes d'éducation sexuelle. Féministe, militante pour un meilleur respect des travailleurs du sexe, elle apporte un regard féminin à la pornographie.
    Elle est l'auteure d'une dizaine de livres publiés aux éditions Flammarion et à La Musardine, dont "PORNO MANIFESTO", "OSEZ DÉCOUVRIR LE POINT G" et "LA SEXUALITÉ FÉMININE DE A à Z".
    Elle dirige la chaîne d'éducation sexuelle pour couples FRENCHLOVER TV sur Canal Satellite.

     
    • Un utilisateur Yahoo!  •  il y a 5 mois
      Oué c'est vrai, il n'y pas de viols de classe. Un viol demeure un viol. J'aime bien Ovidie. Mais il faut faire gaffe aux chiffres, on peut leur faire dire beaucoup de bêtises (1/10, d'où ça sort? et de quel droit quiconque dit un truc aussi hasardeux, à quelle époque, et où en Allemagne en 1945?)...
    • Cedzedread  •  il y a 6 mois
      Et les hommes victimes de viol... c'est un sujet encore plus tabou ! En attendant les victimes masculines de viol sont pour la plupart à se démerder sans soutien ni aucune structure.
      • Goomba il y a 6 mois
        faut pas exagérer ... les structure carcérales et pénitencières sont créées afin d'encadrer au maximum les viols sur victimes masculines...